Est de la RDC : réactions à Goma aux propos de Kagame
10 janvier 2025Alors que l'Onu continue d'accuser le Rwanda de soutenir la rébellion du M23 dans l'est de la RDC, le président Paul Kagame ne l'admet toujours pas. Il a d'ailleurs déclaré à la presse que l'actuelle rébellion du M23 tirait plutôt ses origines de l'Ouganda.
Patrice Sheria, observateur congolais des questions sociopolitiques, retient de ces propos l'idée d'"un complot sous-régional qui se joue contre la République Démocratique du Congo, avec cette passation des rôles entre le Rwanda et l'Ouganda. Tantôt c'est l'un qui sert de base arrière, tantôt c'est l'autre qui fournit les équipements et les hommes"
Partie de ping-pong
Pour Josué Wallay, activiste des droits humains congolais, Paul Kagame n'a rien dit de nouveau en citant l'Ouganda parmi les parrains de la rébellion du M23.
Lui aimerait surtout que le gouvernement congolais active sa machine de guerre, afin d'imposer le respect de son intégrité territoriale.
"Il est très important de comprendre qu'on ne peut pas dissocier les actions de Kagame des actions de Museveni", estime-t-il au micro de la DW. "Si ces deux personnes peuvent commencer à faire des jeux de ping-pong, c'est juste pour distraire la communauté tant nationale qu'internationale". Et de conclure : "Nous croyons qu'il est important que nos voisins puissent respecter notre souveraineté, et qu'il est temps pour nos FARDC de mettre fin à leur agression"
Et la population dans tout cela ?
Dans son intervention, le président Paul Kagame a également accusé la RDC d'avoir bloqué le processus de paix de Luanda en voulant le réduire à une simple séance photo.
La ministre des Affaires étrangères congolaise, Thérèse Wagner, a de son côté assuré que son pays reprendrait les pourparlers de paix si l'occasion se présentait.
Des propos qui illustrent, une fois de plus, à quel point les dirigeants, d'un côté comme de l'autre, sont loin des souffrances qu'endurent, au quotidien, les populations victimes de ce conflit.
"Nous comprenons que le gouvernement de Kinshasa est en train de prendre cette situation avec légèreté, parce que le bien-être de la population n'est pas placé au centre des débats", dit Alidor Pilipili, analyste.
"Les gouvernements de Kinshasa et Kigali sont en train de se rejeter les responsabilités, mais il ne fallait pas oublier qu'il n'y a pas de guerre au Rwanda et que c'est la population congolaise qui est en train de souffrir. Il faut que la solution soit rapidement trouvée à cette situation", ajoute Alidor Pilipili.
La conférence de presse donnée jeudi par le président rwandais, Paul Kagame, est intervenue alors que les combats se poursuivent sur plusieurs lignes des fronts dans la province du Nord-Kivu.
À la mi-journée, la cité de Masisi centre, située à environ 80 km de Goma, est repassée entre les mains des rebelles du M23 après été avoir reconquise en début de semaine par l'armée congolaise et les groupes wazalendo.